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Benzodiazépines : mémoire, idées reçues et faits

Les benzodiazépines sont des médicaments largement prescrits contre l’anxiété et l’insomnie. Depuis les années 1960, elles ont changé la vie de millions de patients. Pourtant, elles restent accusées d’abîmer la mémoire, voire de favoriser la démence. Ces critiques méritent d’être examinées de façon rigoureuse. Quand on regarde les faits, on découvre une réalité plus équilibrée et rassurante.

Les benzodiazépines et la mémoire : un impact léger et réversible

Il est vrai que les benzodiazépines peuvent influencer certaines fonctions de la mémoire, notamment la mémoire immédiate. Des études montrent une altération légère de la consolidation mnésique, surtout à court terme (Curran, Human Psychopharmacology, 1991). Cependant, ces effets sont modérés et disparaissent à l’arrêt du traitement. Autrement dit, ils ne sont pas irréversibles.

Ainsi, il faut relativiser : la mémoire n’est pas « détruite » par ces molécules, elle est simplement ralentie temporairement, avec des effets dose-dépendants.

Stress, anxiété, insomnie : des ennemis bien plus puissants

La mémoire souffre aussi – et parfois davantage – des troubles que les benzodiazépines visent à soigner. En effet, le stress chronique élève le cortisol, hormone qui brouille l’encodage et le rappel (Lupien et al., Nature Reviews Neuroscience, 2009).

De plus, la dépression entraîne des troubles cognitifs parfois sévères, au point qu’on parle de « pseudo-démence dépressive »

L’insomnie, quant à elle, perturbe la consolidation mnésique et aggrave les oublis (Walker & Stickgold, Nature, 2006). Heureusement, ces effets sont réversibles quand on traite le trouble sous-jacent. (Butters et al., Archives of General Psychiatry, 2004).

Traiter l’anxiété pour protéger la mémoire

Un patient épuisé par les crises d’angoisse et les nuits blanches retiendra difficilement ses rendez-vous ou ses conversations. Or, quand ce même patient dort enfin grâce à une benzodiazépine, sa mémoire fonctionne mieux. Ainsi, en réduisant l’anxiété et en restaurant le sommeil, ces traitements peuvent indirectement améliorer la mémoire.

Des travaux cliniques confirment que l’amélioration du sommeil améliore aussi la performance cognitive globale (Ferracioli-Oda et al., BMJ, 2013).

Benzodiazépines et démence : aucun lien prouvé

On entend souvent que les benzodiazépines favoriseraient la démence. Pourtant, aucune preuve de causalité directe n’existe. Les grandes cohortes retrouvent parfois une association, mais l’anxiété et l’insomnie sont elles-mêmes des facteurs de risque de déclin cognitif (Billioti de Gage et al., BMJ, 2014).

De plus, une vaste étude danoise sur plus de 950 000 patients n’a pas montré de vague de prescriptions conduisant à une épidémie de démence. Au contraire, l’usage prolongé est resté stable, avec très peu d’escalade posologique (Rosenqvist et al., American Journal of Psychiatry, 2024).

Chez les personnes âgées : vigilance, pas condamnation

Chez les personnes âgées, il est vrai que les benzodiazépines à longue demi-vie peuvent s’accumuler. Elles entraînent alors somnolence, désorientation ou chutes (Glass et al., BMJ, 2005). Cependant, cela ne prouve pas qu’elles causent une démence.

La bonne pratique consiste donc à privilégier des molécules à demi-vie plus courte, à ajuster les doses et à réévaluer régulièrement. La vigilance clinique suffit.