Témoignages
MADAME G. G.
Cadre, pendant son arrêt :
Traverser un burn-out, se reconstruire et retrouver l’équilibre
Le burn-out est un mal-être insidieux. Il s’installe progressivement, puis finit par atteindre en
profondeur la confiance en soi et l’estime de soi.
Je suis salariée, manager dans un grand groupe du CAC 40. Avec le recul, je peux dire que mon burn-out s’est construit en trois grandes étapes.
1. Le déni : continuer coûte que coûte
La première étape a été celle du déni. Je minimisais les signaux que mon corps et mon esprit m’envoyaient. Je pensais pouvoir tout supporter, tout contrôler. Je voulais tenir, coûte que coûte.
Je me répétais : « Cela va passer », « c’est juste une période difficile », « je dois puiser dans mes ressources », « je ne dois pas montrer de faiblesse », « je ne dois pas décevoir ma hiérarchie ni mon entourage ». J’acceptais tous les projets. Je refusais de m’arrêter. Je voulais prouver que j’étais forte, capable de tout gérer.
Peu à peu, le contexte de l’entreprise, un management toxique et des relations dégradées avec ma hiérarchie m’ont fait perdre pied et m’ont conduite au burn-out.
2. L’épuisement total : quand le corps lâche
Puis est venu le deuxième stade : l’épuisement total. L’arrêt de travail est devenu inévitable.
Mon corps a fini par lâcher. Je n’avais plus aucune force. Mes jambes ne me portaient plus.
J’avais l’impression que ma tête allait exploser, comme prise en étau. Les pensées se bousculaient sans répit. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. J’avais mal au ventre, des nausées, parfois des vomissements. J’étais envahie par la culpabilité, et ma mémoire me
jouait des tours.
Mon esprit n’était plus capable de réfléchir, de lire, d’écrire correctement, ni même d’être créatif.
Et pourtant, dès que je me sentais un peu mieux, je retombais dans le même piège : je me remettais à faire mille choses sans limite. Ménage, rangement, besoin que tout soit parfait, retour de ce réflexe de contrôle, envie de prouver que j’étais utile, voire indispensable. C’était un cycle en montagnes russes, qui a duré plusieurs mois.
3. La prise de conscience : apprendre à se respecter
J’ai consulté tout au long de cette traversée. Grâce au suivi, et au travail que j’ai entrepris sur moi-même, une troisième étape a pu commencer : celle de la
prise de conscience et du mieux-être.
J’ai compris que les choses devaient changer, d’abord pour mon bien-être, mais aussi pour celui de mes proches.
J’ai appris à me remettre au centre de mon attention, à me respecter, à abandonner cet altruisme excessif qui me poussait à m’oublier dans ma vie professionnelle comme
personnelle. J’ai commencé à poser des limites, à accepter que tout ne soit pas parfait, à être plus indulgente avec moi-même, à ne plus vouloir faire au-delà de mes capacités.
Je suis revenue à l’essentiel. J’ai accepté de me reposer et de refaire des activités qui me faisaient du bien, non plus seulement pour répondre aux attentes des autres : le jardinage, le sport, les sorties entre amis, les moments en famille. Peu à peu, j’ai recommencé à goûter à la vie.
Je continue aujourd’hui à travailler sur la manière de poser mes limites. Un fonctionnement profondément ancré ne change pas du jour au lendemain. Une rechute reste possible. C’est pourquoi je reste vigilante.
Des mots de mon suivi qui résonnent encore en moi : « Ce n’est pas vous, c’est le système », « Apprenez à poser des limites », « Il est utile d’être parfois inutile », « Apprenez à vous reposer », « Évitez les relations toxiques, dans la sphère professionnelle mais aussi
personnelle ». Ces phrases m’aident à rester attentive, comme des repères quand j’en ai besoin.
Un burn-out est une épreuve très difficile. Mais il peut aussi devenir un électrochoc nécessaire : celui qui permet de rompre avec un mode de fonctionnement, un environnement professionnel ou des relations toxiques.
Il m’a fallu traverser cette épreuve pour apprendre à mieux me connaître, à me protéger et à retrouver un équilibre plus sain.
Aujourd’hui, je sais qu’il faut rester vigilante. La reconstruction est possible, mais elle demande du temps, de la patience, et beaucoup
MONSIEUR J. T.
45 ans, Cadre dirigeant :
Avec le recul, je crois que le plus difficile est ailleurs. Le plus dur, c’est de construire un équilibre qui tienne dans la durée. Un peu comme dans le sport : faire une grosse séance, tout le monde peut le faire. Ne jamais récupérer finit toujours par se payer.
À force de toujours tirer sur la corde, je me suis mis à analyser la moindre fatigue, le moindre symptôme. Et paradoxalement, une des choses qui m’a le plus aidé a été de consulter un psychiatre. Pas parce que j’étais « fou », justement. Mais parce que cela m’a permis de dédramatiser énormément de choses.
Comprendre que l’anxiété touche beaucoup de monde, que certains passages dépressifs existent, et qu’un traitement temporaire n’a rien de honteux, ça soulage énormément.
Pendant longtemps, je pensais qu’il fallait être invincible. Aujourd’hui, je pense surtout qu’il faut apprendre à durer. »
Madame B. M.
34 ans, salariée en entreprise, pendant son arrêt de travail :
« Je ne fais rien mais pour une fois, ça n’a pas de conséquences. »
« Vu que je ne fais rien, je ne le fais pas mal »
« J’entends la sonnerie Teams souvent, alors que mon ordinateur est fermé »
Monsieur F. T.
48 ans, cadre en entreprise, pendant son arrêt de travail :
Si je travaille plus, alors je fais quoi ?
Monsieur B. M
44 ans, dirigeant en entreprise, après son rétablissement :
« Un jour, lors de nos consultations, le Dr Bagot m’a dit :« Ce qui vous arrive est quelque chose de naturel. »
Je m’en souviens très bien. Et il avait raison. À force de pousser la machine, elle finit par vous signaler que vous êtes en surrégime. Mon burn-out s’est inscrit dans un temps long : trois mois très difficiles, trois mois pour reprendre des forces, puis trois mois pour reprendre progressivement le travail.
Ce chemin a été éprouvant, mais il m’a surtout beaucoup appris. Pendant ma convalescence, j’ai compris que le burn-out n’était pas une faiblesse, mais un signal fort à écouter. J’ai dû redéfinir mes priorités et mes objectifs de vie. Cela m’a permis de me rapprocher de mes proches et de me reconnecter à l’essentiel, ce que je n’avais jamais vraiment pris le temps de faire auparavant. J’ai également découvert que le processus de guérison n’était pas linéaire. Il y avait des jours où j’allais mieux, et d’autres où je doutais ou me sentais plus fragile.
Apprendre à accepter ces fluctuations a été essentiel. J’ai compris qu’il ne fallait pas juger mon état au jour le jour, mais plutôt observer mon évolution sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Cette prise de recul m’a beaucoup aidé à traverser cette période. Le plus difficile a été de faire face à l’ennui. Mais avec le temps, j’ai appris à ne plus lutter contre lui. En l’acceptant, j’ai découvert qu’il pouvait devenir salvateur. C’est dans cet espace que j’ai pu réfléchir, me recentrer et faire émerger un nouveau positionnement, à la fois personnel et professionnel.
Aujourd’hui, même si je me sens rétabli, je reste très attentif à mon rythme de vie. J’ai compris l’importance de l’équilibre, et je veille désormais à ne plus retomber dans les excès qui m’ont conduit à cet état. Cette expérience, aussi difficile soit-elle, m’a permis de me réorienter dans mon milieu professionnel et de trouver une nouvelle voie, plus alignée avec moi-même. Je me sens aujourd’hui plus apaisé et plus en accord avec le rythme que je m’impose.
Madame Q. E., 37 ans
Cadre dans l’industrie
« Sur le moment je n’ai ressenti aucun signe avant coureur, le burn-out m’est tombé dessus violemment. J’étais dans une logique de combat permanent : tenir, encaisser, avancer coûte que coûte. Dans le milieu professionnel je parlais constamment de “batailles”, de “tenir le front” sans que cela me semble anormal. Mon langage avait changé : j’étais devenue plus dure, plus agressive, parfois même vulgaire.
Tout me demandait de plus en plus d’efforts, mais je continuais, persuadée que c’était à moi de m’adapter. Je me suis retrouvée dans une spirale complexe : j’étais épuisée mais ralentir ou m’arrêter ne faisait pas partie des options. Mon corps a fini par lâcher avant que je sois capable de reconnaître qu’il y avait un problème. L’arrêt s’est imposé Une fois arrêtée, je ne me suis pas sentie soulagée. Je me suis sentie illégitime.
J’avais l’impression d’avoir échoué, d’avoir “craqué”, d’être faible. Je doutais de tout : de ce que j’avais vécu, de ma réaction, avec cette idée persistante que j’exagérais, voire que quelque chose “n’allait pas chez moi”, « que c’était moi le problème ».
Si je devais retenir quelque chose, c’est que le burn-out ne prévient pas toujours clairement. Il s’installe dans des détails qu’on banalise, on se ment à soi-même, jusqu’au moment où le corps lâche. »
Madame D. C., 27 ans
Dans un cabinet de conseil
« J’ai toujours suivi un parcours d’excellence : prépa, école d’ingénieur, puis entrée dans le conseil, perçu comme la voie royale, exigeante et bien rémunérée. À 25 ans, j’avais surtout envie de m’impliquer et de prouver ma valeur. J’acceptais tout, je travaillais beaucoup, sans compter. Puis la fatigue s’est installée. Moins de concentration, sommeil perturbé, irritabilité. Malgré cela, j’ai continué. M’arrêter ne faisait pas partie des options. Un jour, on m’a envoyée représenter l’entreprise à un salon étudiant.
On m’a demandé de rassurer les candidats, de dire que les horaires restaient « raisonnables ». J’ai compris qu’on attendait une version arrangée de la réalité. Mon entourage s’est inquiété. Ma famille me trouvait changée. Mon copain disait que je n’étais plus vraiment présente. J’avais pris du poids et je dormais de plus en plus mal. Comme je ne me sentais pas efficace, je travaillais aussi le week-end. D’ailleurs je n’arrivais plus à me reposer, je pensais sans arrêt au travail.
À 27 ans, tout est devenu plus lourd. Un matin, je n’ai pas réussi à me lever. Le diagnostic a été posé : épuisement professionnel. J’ai accepté l’arrêt tardivement, à contrecœur… »
Monsieur F. E., 61 ans
Dirigeant dans une organisation
« Pendant des années j’ai été épanoui dans mon travail. Puis l’organisation de l’entreprise a évolué, générant une masse de travail de plus en plus importante : plus de procédures et de dossiers à traiter faute de priorisation, travail en double ou triple du fait d’absence de prise de décision ou de revirements réguliers de la hiérarchie, stress régulier car on ne sait pas où on va, stress des équipes qui va aussi croissant et qu’il faut absorber… Au début, on ne voit rien venir.
On prend sur soi. Après tout, on est « cadre sup », on a toujours bien travaillé sans compter ses heures. On se dit que c’est ponctuel. Votre équipe compte sur vous. Votre hiérarchie vous félicite, vous recevez honneurs et primes… Vous trouvez normal d’être sollicité le soir, le week-end ou en vacances. Il ne vous viendrait pas à l’idée de ne pas suivre les whatsapp pro en continu. C’est d’autant plus insidieux que les rapports avec votre hiérarchie et vos collègues et collaborateurs sont sympathiques. Et puis, petit à petit, je me suis senti fatigué. J’avais moins envie de voir mes amis, je trouvais des excuses pour refuser des dîners et étais pressé d’en partir, je réduisais mes loisirs par « flemme de bouger ». Je n’avais plus envie de voyager. Je récupérais moins pendant les vacances. Je pensais au travail en permanence.
Avant de me décider à aller voir un spécialiste, je me couchais à 20h, je n’avais plus l’énergie de regarder un film ou un épisode de série en entier, ni même de lire plus de 20 minutes. Je passais mes week-ends seul, à dormir ou simplement à rester prostré dans le noir pour « ruminer », avec l’envie de rien et une fatigue permanente. J’avais des problèmes de concentration, j’oubliais des choses et j’étais devenu facilement irritable. J’ai aussi eu une phase de dépenses compulsives et, quand j’ai été arrêté, le seul fait de revenir dans le quartier de mon bureau me stressait… »