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Ces managers qui brûlent leurs équipes : comprendre le management toxique

Le burn-out ne naît pas seulement du trop-plein de travail, mais aussi d’un mauvais climat humain. Ce n’est pas la tâche qui épuise, c’est la manière dont elle est dirigée.

Les recherches récentes le montrent : le management toxique détermine à lui seul près d’un tiers du risque d’épuisement professionnel. En 2023, une étude menée par Securex et la KU Leuven auprès de plus de 2 000 salariés belges établit un lien direct entre la posture du supérieur hiérarchique et la santé mentale des équipes.

Sous un management soutenant, le risque de burn-out tombe à 1 % ; sous un management neutre, il atteint 18 % ; et sous un management toxique, il grimpe à 54 %. Un changement de posture peut donc faire varier la santé psychologique d’un facteur cinquante.

Le management toxique, ou l’art d’asphyxier

Le management toxique n’est pas une question de tempérament désagréable, il s’agit d’un ensemble de comportements observables et persistants : domination, micro-contrôle, indifférence, sarcasmes, ordres contradictoires.

Ces pratiques minent la confiance et détruisent la sécurité psychologique des salariés.

Dans le modèle élaboré par la KU Leuven, le management toxique se caractérise par la frustration des besoins fondamentaux : autonomie, reconnaissance, sentiment de compétence.

Le manager toxique contrôle tout, humilie en public, change de cap sans prévenir ou ignore la fatigue de ses collaborateurs. À force, l’équipe se vide de son énergie et de son sens. Les travaux de Brunet et al. (2015) et de Grill et al. (2023) confirment que ce style de direction accroît l’épuisement émotionnel et le désengagement.

Les personnages varient :
– le superviseur abusif, prompt à rabaisser ;
– le tyran ordinaire, convaincu que la peur motive ;
– le manager absent, qui laisse faire sans guider.

Tous conduisent à la même usure : le travail devient mécanique, et l’individu cesse de se sentir acteur de ce qu’il fait.

L’antidote : un management soutenant

À l’opposé du management toxique, le leadership soutenant agit comme un puissant facteur de protection. Il repose sur trois gestes simples : écouter, reconnaître, autonomiser. Ce n’est pas de la douceur naïve, mais une compétence stratégique.

La professeure Anja Van den Broeck, qui a dirigé l’étude de la KU Leuven, le résume ainsi :
« Le leadership soutenant crée un climat où chacun peut déployer ses ressources psychologiques. »

Un manager qui clarifie, encourage et fait confiance réduit naturellement les tensions et renforce la motivation. Là où le management toxique asphyxie, le management soutenant redonne de l’air. Cette approche favorise la cohésion, stimule la créativité et protège la santé mentale des équipes.

Former plutôt que résister

Le burn-out n’est pas une faiblesse individuelle : c’est souvent la conséquence directe du management toxique.
Plutôt que de rendre les salariés plus « résilients », il faut former des responsables recrutés avec soin à la clarté, à l’écoute et au respect.
Les entreprises qui remplacent la peur par la confiance gagnent en loyauté et en performance durable.
Le soin managérial n’est pas une option : c’est une politique de santé publique.
La science le confirme désormais : un bon manager ne brûle pas ses équipes — il leur donne de l’air, du sens et la possibilité d’exister.